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Stratégies sur sous-jacent

Le collar de JP Morgan : comment il fonctionne vraiment (et ce que tu peux copier)

Le célèbre collar de JP Morgan sur le S&P 500 expliqué pas à pas : comment il se construit (put de protection, call vendu, put spread collar) et ce que le retail peut copier.

Une opération gigantesque qui se répète comme une horloge

Chaque trimestre, on parle du « fameux et gigantesque collar de JP Morgan » sur le S&P 500. On a tout entendu : qu’il fait bouger le marché, qu’il serait une sorte de « filet de sécurité » mondial, qu’il s’agirait d’une manœuvre presque mystique… mais en réalité c’est quelque chose de bien plus simple : de l’ingénierie du risque.

Ce que fait la banque, c’est appliquer, avec beaucoup de zéros, une stratégie que toi aussi tu peux comprendre : un collar sur un portefeuille très lié au S&P 500, conçu pour limiter les baisses et stabiliser les résultats. Voyons comment il se construit, ce qu’il permet d’obtenir et jusqu’où il est pertinent d’essayer de le copier en tant qu’investisseur individuel.

Qu’est-ce exactement qu’un collar (version simple)

Imagine que le collar est comme une couche de protection que tu poses sur ton portefeuille. Dans le cas de JP Morgan, ce portefeuille est très fortement pondéré sur le S&P 500. La structure de base est la suivante :

1. Tu achètes un put OTM (hors de la monnaie) C’est ton assurance. Si le marché s’effondre, ce put limite la baisse du portefeuille. C’est comme un stop loss, mais bien défini et sans glissement.

2. Tu vends un call OTM Avec ce call tu encaisses une prime qui sert à financer une partie ou la totalité du coût de l’assurance (le put). En échange, tu acceptes un plafond de rentabilité : si l’indice monte beaucoup, tes gains sont limités à partir d’un certain niveau.

Le résultat : en bas tu as un plancher (le put, qui coupe la baisse) et en haut un plafond (le call vendu, qui limite le bénéfice). Au milieu, ton portefeuille respire « normalement », mais avec moins de frayeurs extrêmes.

La variante typique : le put spread collar de JP Morgan

Sur cette base, JP Morgan utilise souvent une variante très connue : le put spread collar. La logique est la même, mais ils affinent l’assurance :

Au lieu d’acheter uniquement un put lointain, ils montent un spread de puts : ils achètent un put avec un strike relativement proche (protection plus « réaliste ») et vendent un autre put plus bas, encore plus OTM, pour en réduire le coût.

Ainsi, du côté bas ils disposent d’une zone de baisse limitée entre ces deux strikes, et en haut ils continuent de vendre un call OTM pour financer l’ensemble. C’est la même chose que le collar de base, mais avec la partie des puts organisée sous forme de put spread, ce qui permet de mieux ajuster le niveau de risque qu’ils veulent réellement supporter lors d’une baisse extrême.

Ce que le collar fait à la courbe de ton portefeuille

Pour comprendre l’effet, imagine le collar appliqué sur un indice comme le S&P 500 et regarde-le sur une plateforme comme ProRealTime v13, en superposant le portefeuille avec et sans stratégie.

Si le marché monte, le portefeuille continue de gagner, mais de façon limitée par le call vendu. À partir d’un certain niveau, tu ne captures plus toute la hausse. Tu conserves un delta positif, mais « rogné » dans la partie haute.

Si le marché reste latéral, le collar adoucit la volatilité du portefeuille. La prime du call vendu aide à compenser le coût de l’assurance, et le résultat est une trajectoire un peu plus stable.

Si le marché chute fortement, le put acheté entre en jeu (ou le spread de puts, dans la variante put spread collar), qui coupe une bonne partie de la perte à partir d’un certain niveau. Il n’élimine pas tous les risques, mais il protège contre le désastre lors des baisses très profondes.

Grecques et objectif : moins d’extrêmes, sans deviner le marché

Le collar de JP Morgan ne cherche pas à « battre le marché » chaque trimestre ni à deviner les sommets et les creux. Son objectif est de stabiliser la courbe de résultats d’un portefeuille énorme.

Au niveau des grecques, de façon simplifiée :

  • Delta : reste positif, le portefeuille demeure nettement haussier, mais avec des gains limités dans la partie haute.
  • Gamma : autour des strikes du put et du call, la sensibilité au mouvement du prix change nettement. Ce n’est pas une structure pour « jouer » les mouvements rapides, mais pour les contrôler.
  • Vega et theta : le put acheté et le call vendu se compensent en partie. La structure n’est ni un pur « vendeur de volatilité » ni un pur « acheteur », mais un compromis pensé pour un horizon trimestriel.

L’essentiel : c’est un outil de politique de risque cohérente, pas un pari directionnel agressif.

Ce que le collar N’EST PAS : ni magie ni théorie du complot

Il convient de démonter deux idées :

Ce n’est pas de la magie : c’est une structure tout à fait standard dans le monde des options. Ce n’est pas une théorie du complot pour contrôler le marché : c’est une grande banque qui couvre une exposition énorme au S&P 500.

A-t-il un impact sur le marché ? À un certain niveau, oui : on parle de milliards et d’échéances trimestrielles très liquides. Mais cela ne signifie pas qu’ils « décident » où va l’indice ; leurs opérations s’intègrent plutôt dans un flux bien plus large de participants institutionnels.

Indices, échéances trimestrielles et liquidité

JP Morgan ne joue pas avec des options exotiques sur des actifs illiquides. La banque a besoin de trois choses :

  • Profondeur de marché : des indices comme le S&P 500 ont une liquidité colossale sur les options.
  • Échéances trimestrielles : elles concentrent beaucoup d’open interest et permettent de monter de grandes positions sans détruire les prix.
  • La capacité d’entrer et de sortir sans faire bouger le marché plus que nécessaire.

C’est pourquoi le « collar de JP Morgan » est devenu presque un rituel trimestriel sur le S&P 500 : c’est là que ses volumes ont du sens.

Ce que nous, particuliers, pouvons copier (et jusqu’où)

La bonne nouvelle : l’idée de fond est bel et bien transposable à un investisseur retail. Si tu veux stabiliser la courbe de ton portefeuille, tu peux construire ta propre version simplifiée :

  • Définir quelle partie de ton portefeuille tu veux couvrir (par exemple, ton exposition aux indices américains).
  • Acheter un put de protection sur un ETF ou un future qui représente cette exposition.
  • Vendre un call OTM sur le même sous-jacent et la même échéance pour financer une partie de l’assurance.

La partie que nous ne pouvons pas copier, c’est l’échelle, l’exécution et les conditions de marché que gère une table institutionnelle : nous n’avons ni leur taille, ni leur accès, ni leurs outils.

Malgré tout, en comprenant bien la logique du collar et en travaillant avec un risque défini et des tailles raisonnables, on peut appliquer une version adaptée aux petits ou moyens comptes.

Comment visualiser ton propre collar dans ProRealTime

Toute cette idée, tu peux la reproduire de façon visuelle dans ProRealTime v13 :

  • Ouvrir le graphique de l’indice ou de l’ETF qui représente ton portefeuille (par exemple, le future du S&P 500).
  • Marquer sur le graphique les niveaux des strikes du put acheté, du put vendu (si tu fais un put spread) et du call vendu.
  • Monter la structure depuis la chaîne d’options et vérifier le payoff dans l’analyseur de stratégies.

Tu verras clairement le plancher, le plafond et la zone centrale où ton portefeuille bouge avec moins de soubresauts. À partir de là, il s’agit d’ajuster les strikes et les échéances à ton profil de risque et à ton horizon temporel.

Ce qu’il faut retenir du collar de JP Morgan

Le « giant collar » de JP Morgan n’est pas un tour de passe-passe caché, mais un exemple très visible de la manière dont un institutionnel gère une exposition énorme au S&P 500 avec des options tout ce qu’il y a de plus classique.

Comprendre comment il fonctionne —put de protection, call vendu, variante put spread collar— t’aide à voir que, bien souvent, derrière les « mystères » du marché il n’y a que de la gestion du risque appliquée avec discipline.

Et, adapté à ton échelle, il peut être un outil de plus pour adoucir la volatilité de ton portefeuille et dormir un peu mieux, à condition d’avoir bien identifié où se situe ton plancher, ton plafond et combien tu es prêt à payer pour cette tranquillité.

Aleix
Écrit par

Aleix

Trader d'options pour compte propre et formateur chez Campus Opciones. Plus de 7 ans d'expérience sur les marchés avec actions, futures et options.

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