500 $ par mois dans le S&P 500 depuis 1993. Au total, 202 000 $ sortis de ta poche au fil des années. Deux façons très différentes d’investir cet argent : celui qui a acheté à chaque fois, le même jour de chaque mois, sans exception, a terminé avec 1 842 747 $. Celui qui gardait l’argent en attendant une chute de 20 % pour tout miser d’un coup a terminé avec 1 333 500 $. Un demi-million de dollars de différence — et pas parce qu’il aurait raté ou réussi à repérer les chutes, mais pour une raison bien plus subtile.
Les deux stratégies, face à face
- Investissement programmé (DCA) — 500 $ le même jour de chaque mois, quoi qu’il arrive, sans regarder le prix ni le contexte
- Attendre les chutes — l’argent s’accumule en cash jusqu’à ce que le S&P 500 chute de 20 % depuis son sommet ; il est alors investi d’un coup
Avec le même capital total investi (202 000 $), sur la même période (depuis 1993), le résultat final diffère de plus d’un demi-million de dollars en faveur de celui qui a simplement acheté à chaque fois.
Ce n’était pas une question de bien ou mal repérer les chutes
Voici le détail le plus surprenant : l’investisseur qui attendait les chutes n’a pas raté leur détection. Il est entré 16 fois avec tout le capital accumulé jusque-là, y compris lors de chutes aussi marquantes que mars 2001 et mars 2020. Il a correctement identifié les chutes de 20 %. Le problème n’était pas là.
Son achat de septembre 2011 a été fait à 87 $. La chute de 20 % suivante n’est arrivée qu’en mars 2020 — huit ans et demi plus tard — et il a acheté à 226 $. Autrement dit, il a fini par acheter “pas cher” à deux fois et demie le prix de son dernier achat. Pendant tout ce temps, l’argent est resté simplement inactif : 97 % des jours, ce capital n’était investi nulle part.
Pourquoi le temps hors du marché pèse autant
Le S&P 500 ne connaît pas de chutes de 20 % de façon régulière ou prévisible. Il peut y en avoir plusieurs en quelques années, ou presque neuf ans peuvent passer sans qu’aucune ne survienne — comme entre 2011 et 2020. Pendant que tu attends cette chute “parfaite” pour entrer, le marché continue de monter, génère des dividendes, les réinvestit, capitalise. Celui qui attend en liquidités rate toute cette croissance.
Le coût d’opportunité de rester hors du marché, même “juste” en attendant le point d’entrée idéal, s’avère plus élevé que le bénéfice d’acheter moins cher une fois la chute enfin arrivée.
Ce n’est pas une question de mauvais choix de dates
Le plus frappant dans cet exercice, c’est que le résultat ne dépend pas du fait que 1993 ait été choisie comme point de départ par hasard. L’investissement programmé gagne en commençant à différentes années (1993, 2000, 2003, 2007, 2010 ou 2015) et en attendant différents seuils de chute (5 %, 10 %, 15 %, 20 % ou 30 %) — même si cet argent en attente avait généré un rendement de 5 % pendant qu’il était inactif.
Quand un résultat se maintient en changeant la date de départ et le seuil de chute, il cesse d’être une anecdote et devient une tendance structurelle. Ça ne veut pas dire qu'”attendre les chutes” est toujours une mauvaise idée dans n’importe quel scénario — ça veut dire que le coût de rester hors du marché pendant des années, à la recherche du moment parfait, dépasse généralement le bénéfice d’acheter moins cher au moment où la chute arrive enfin.
Du temps sur le marché, pas du timing du marché
C’est la version chiffrée de la phrase tant répétée en investissement : “time in the market beats timing the market”. Investir de façon systématique, sans essayer de deviner le meilleur moment, élimine le risque de rester hors du marché pendant des années en attendant un signal qui peut mettre bien plus de temps à arriver qu’on ne l’imagine.
Ça rejoint directement l’exercice qu’on a vu sur investir dans le Nasdaq juste avant la bulle internet : dans les deux cas, ce qui sépare le résultat final n’est pas de réussir le point d’entrée parfait, mais la capacité à rester investi (ou à continuer d’investir) de façon disciplinée assez longtemps.
Les performances passées ne garantissent pas les performances futures. Cet exercice utilise des données historiques réelles du S&P 500 pour comparer objectivement deux méthodes, mais ce n’est pas une suggestion d’investir d’une façon ou d’une autre. L’objectif est purement éducatif : comprendre le coût d’opportunité d’attendre le moment parfait face à la discipline d’investir systématiquement.
Conclusion
Avec le même capital total investi, acheter à chaque fois — sans réfléchir, sans attendre, sans essayer de deviner le point bas — a généré un demi-million de dollars de plus que d’attendre patiemment les chutes de 20 % pour tout miser d’un coup. Et la clé n’était pas de bien ou mal repérer ces chutes : c’était le coût, presque invisible, d’avoir l’argent inactif 97 % des jours en attendant. La leçon de cet exercice n’est pas qu'”attendre les chutes” soit absurde, mais que le prix d’une patience excessive est généralement bien plus élevé qu’il n’y paraît à première vue.