Le retour de l’homme qui a vu venir 2008
Parler de Michael Burry, c’est plonger directement dans « The Big Short ». En 2008, il est devenu célèbre pour avoir anticipé la crise des subprimes ; aujourd’hui, il revient à la une avec un autre coup déroutant : un bloc de puts sur Nvidia évalué à 100 millions de dollars. Depuis que l’intelligence artificielle a propulsé le fabricant de GPU, personne n’aurait imaginé Burry « pariant » contre lui… ou peut-être que si.
Radiographie trimestrielle : du confort diversifié au tout-puts
Chaque trimestre, les gérants disposant de plus de 100 M$ sous gestion remettent à la SEC un Form 13F. Le document n’est qu’un instantané : il montre la valeur notionnelle des actions et des options longues, mais il oublie les contrats à terme, les swaps, les ventes à découvert directes et même le coût de la prime de ces mêmes options.
Avec cette limite à l’esprit, j’ai d’abord examiné la photo de décembre 2024. Burry y détenait une douzaine de positions plutôt classiques : santé (HCA Healthcare), consommation de luxe (Estée Lauder), assureurs et une bonne poignée de valeurs technologiques chinoises comme Alibaba ou JD.com. Rien d’inquiétant ; du pur « stock-picking » de valeur.
Avançons jusqu’à mars 2025 et la scène change du tout au tout. Le nouveau rapport révèle que presque tout s’est transformé en puts. Les lignes hachurées du graphique —symbole des options baissières— envahissent le portefeuille. Le poids repose surtout sur Nvidia, tandis qu’Estée Lauder est la seule action « de toujours » que Burry décide de renforcer plutôt que de liquider.
Interpréter Burry : l’art de lire entre les lignes
Est-ce un coup d’éclat baissier ? Peut-être pas. Burry avait déjà fait quelque chose de semblable en 2023, lorsqu’il a déclaré des puts sur les ETF SPY et QQQ : au trimestre suivant, il les a clôturés en expliquant qu’il s’agissait de « couvertures bon marché ». Gardons à l’esprit que le 13F n’oblige pas à déclarer les positions longues sur des ETF sectoriels ni les calls détenus sur d’autres comptes. Il pourrait tout à fait être long sur l’IA et se couvrir contre une chute ponctuelle avec ces puts.
Les pièces manquantes du puzzle
Le rapport ne révèle ni le strike ni l’échéance. Il s’agit peut-être de contrats très bon marché à trois mois ; peut-être couvrent-ils toute une année. Nous ne savons pas non plus s’il a payé 5 M$ ou 20 M$ de prime : le 13F n’exige de déclarer que la valeur théorique du sous-jacent. Autrement dit, le « risque réel » que prend Burry pourrait être bien moindre qu’il n’y paraît.
Notre radar : résultats, volatilité et prochains 13F
Pour décrypter la manœuvre, il faudra surveiller trois choses : les earnings de Nvidia, les bilans des valeurs technologiques chinoises et, bien sûr, le prochain 13F. Conservera-t-il les puts ou les démantèlera-t-il ? En attendant, je suivrai l’évolution dans la chaîne d’options en analysant les strikes et les volatilités avec ProRealTime, la plateforme que j’utilise chaque jour pour remettre ces pièces à leur place.
Couverture prudente ou jeu à double détente ?
Au fond, seul Burry connaît la réponse exacte. Il déploie peut-être un simple parapluie avant la saison des tempêtes, ou peut-être cherche-t-il à rééditer le grand coup à contre-courant qui l’a rendu célèbre. Ce que nous savons, c’est que lorsque cet investisseur avance un pion, cela vaut la peine de regarder à deux fois.