Imagine que demain entre en Bourse une entreprise qui lance des fusées, domine l’internet par satellite, travaille avec la NASA, a des contrats stratégiques avec des gouvernements et est en plus dans l’intelligence artificielle. C’est SpaceX, et son éventuelle IPO est présentée comme la plus grande de l’histoire. Mais une chose est que SpaceX soit une entreprise spectaculaire —elle l’est— et une tout autre est de payer n’importe quel prix pour elle. Analysons-la avec des chiffres.
SpaceX n’est pas une entreprise : c’est un conglomérat
SpaceX, ce n’est pas seulement Falcon, Dragon, Starship et Starlink. Après l’intégration de X et de xAI, le périmètre de l’entreprise inclut aussi ce monde. En pratique, c’est un conglomérat de trois grands blocs :
- SpaceX — l’activité spatiale et de lancements
- Starlink — la connectivité mondiale par satellite
- IA — xAI, Grok et X, tout le monde de l’intelligence artificielle et du calcul
Le savoir change tout le contexte. Celle qui génère de l’argent aujourd’hui, c’est Starlink, les fusées sont l’avantage stratégique, et l’IA est ce qui tente de justifier la valorisation future.
Les chiffres de SpaceX (2025)
Compte de résultat 2025
Revenus : ~18,674 milliards de dollars
Perte d’exploitation : ~2,589 milliards
EBITDA ajusté : ~6,584 milliards
Perte nette : ~4,937 milliards de dollars
L’entreprise a déjà une échelle brutale —ce n’est pas une startup, on parle de près de 19 milliards de revenus—, mais au niveau consolidé elle ne montre toujours pas de bénéfice net GAAP. Au premier trimestre 2026, la photo ne s’améliore pas non plus : 4,694 milliards de revenus, 1,943 milliard de perte d’exploitation et 4,276 milliards de perte nette.
Starlink, le joyau de la couronne
Où est donc l’attrait ? Dans Starlink, qui est celle qui génère le vrai cash-flow :
- ~11,4 milliards de dollars de revenus en 2025 — environ 61 % de toute la facturation de SpaceX
- ~4,4 milliards de bénéfice d’exploitation apporté
- Plus de 10 millions d’abonnés en 2026, avec une croissance brutale
Starlink n’est pas un extra : c’est le vrai moteur économique de l’entreprise aujourd’hui. En revanche, la partie IA —au potentiel énorme— génère des pertes gigantesques : environ 3,2 milliards de revenus avec des pertes proches de 6,4 milliards. L’activité spatiale est stratégique mais très intensive en investissement, et l’IA « brûle de l’argent comme s’il n’y avait pas de lendemain ».
La comparaison qui remet tout en perspective
Pour comprendre l’ampleur de la valorisation évoquée, comparons avec des entreprises que l’on connaît.
SpaceX vs Tesla
Tesla a clôturé 2025 avec environ 94,827 milliards de dollars de revenus — elle facture environ 5 fois plus que SpaceX, et en plus avec un bénéfice net positif et une capitalisation proche de 1,49 billion. SpaceX génère ~20 % des revenus de Tesla, mais pourrait entrer en Bourse avec une valorisation similaire ou supérieure :
- SpaceX à 1,5 billion = ~80 fois les ventes 2025
- SpaceX à 1,75 billion = ~94 fois les ventes
- Tesla, pour comparer, cote plus près de 15-16 fois les ventes
Autrement dit, SpaceX pourrait sortir avec un multiple sur ventes 5 ou 6 fois supérieur à celui de Tesla — et Tesla est déjà une entreprise très exigeante en valorisation.
SpaceX vs Meta et Spotify
- Meta génère plus de 200 milliards de revenus et plus de 60 milliards de bénéfice net, avec une capitalisation similaire à celle évoquée pour SpaceX
- Spotify facture ~17 milliards (une fourchette proche de SpaceX) mais vaut ~97 milliards. SpaceX à 1,75 billion serait presque 18 fois la valorisation de Spotify pour des revenus d’ampleur comparable
Bien sûr, on compare des pommes et des oranges : ce ne sont pas les mêmes activités. L’idée n’est pas qu’elles doivent valoir la même chose, mais de poser des chiffres sur la table, car autant de milliards finissent par sonner abstraits.
Le secteur spatial
Face à Rocket Lab (facture beaucoup moins mais cote à des multiples très élevés), Iridium et Viasat (plus matures, multiples bas) ou AST SpaceMobile (presque pure optionnalité avec des multiples exorbitants), SpaceX se trouve dans un point très particulier : elle a une échelle réelle et elle demanderait un multiple d’hypercroissance extrême. Cette combinaison est l’exceptionnel — pas seulement qu’elle soit chère, mais chère avec une échelle que presque personne d’autre n’a dans le secteur.
Le cas haussier : pourquoi ça pourrait valoir le coup
Tout n’est pas « c’est cher, point ». Il y a des raisons solides :
- Starlink — un réseau mondial d’internet par satellite avec plus de 10 millions d’abonnés et une expansion internationale (Direct to Cell)
- Une position stratégique unique — NASA (Commercial Crew, Human Landing System d’Artemis), Star Shield pour les gouvernements et la défense
- Starship — si elle fonctionne comme prévu, elle changerait l’économie de la façon dont on lance des fusées (réutilisation)
- IA et calcul orbital — si xAI et le calcul en orbite finissent par être monétisables, le récit peut se multiplier
Il y a une couche géopolitique, militaire, technologique et stratégique qui ne peut pas être valorisée comme une entreprise normale.
Le « mais » géant
Conclusion
SpaceX peut être l’une des entreprises les plus importantes du monde — je le crois sincèrement. Elle a Starlink, des fusées réutilisables, des contrats avec la NASA et la défense, l’IA et un récit que très peu d’autres entreprises rassemblent. Mais être une entreprise d’une qualité brutale ne signifie pas que n’importe quel prix de sortie sera bon. Les chiffres actuels (pertes nettes consolidées) disent une chose ; la valorisation évoquée en dit une autre. Comme toujours, ceci n’est pas une recommandation d’investissement, seulement une analyse : la décision d’entrer le premier jour, d’attendre quelques jours ou d’attendre des semaines t’appartient. Pour suivre mes analyses et mes positions, tu as la newsletter ; et si tu veux trader avec une plateforme professionnelle, jette un œil à ProRealTime.